Lorsque, à la nuit tombée, la blonde les quitta à regret après leur avoir fait promettre de ne plus se laisser emporter par de tels élans de furie, ce fut une paire de garçons abattus et épuisés qui se jaugèrent avec lassitude.
_ Désolé pour l'½il au beurre noir, dit soudain L.
Interloqué par ce soudain adoucissement, Raito eut quelques secondes d'hésitation avant de répondre « Désolé pour ta lèvre... ».
Un court silence gêné s'installa alors, jusqu'à ce que L éclate de rire devant un Raito éberlué qui trouvait décidemment le comportement de son rival de plus en plus étrange. Mais se rendant compte de l'absurdité de leur situation, Yagami se laissa lui aussi gagné par le fou rire. En quelque sorte, ils se réconciliaient, car s'ils devaient passer tout le temps où ils allaient restés attachés ensemble à se taper dessus, ils finiraient sans doute défigurés, et mieux valait se résoudre à un certain degré d'entente plutôt qu'à une ambiance insupportable.
_ Tu te bat plutôt bien, ça m'as épuisé notre petit combat ! D'ailleurs je tombe de fatigue, j'irais bien me coucher si tu n'y vois pas d'inconvénient... dit L, lorsque leurs rires se furent calmés.
_ Oh vas y, ça ne me dérange pas du tout ! répondit Raito avant de se rappeler qu'ils étaient menottés l'un à l'autre, et que si L se couchait, il lui faudrait le suivre, et de plus dormir à ses côtés... A cette pensée, Raito eut soudain une sensation bizarre, un éclair de joie à peine perceptible qui l'étonna profondément. Sans réfléchir, il déclara, taquin, avec un sourire en coin et d'un ton plein de sous entendus « Je suis fatigué aussi, notre violent et bestial corps à corps, ça m'as vidé, essaye d'être plus doux la prochaine fois ! ». L fut troublé à ces mots, se faisait-il des idées, ou bien Yagami avait-il des intentions peu chastes derrière la tête ? Était-ce là un moyen de le tester qu'avait trouvé Raito, voulait-il voir comment il réagirait ? L opta pour l'indifférence, après tout il s'imaginait peut-être des choses fausses, il répondit d'un ton posé et calme : « Très bien allons dormir alors ! ». Ils se rendirent dans une chambre meublée très simplement, il s'y trouvait une commode, un lit double, ainsi qu'une table de chevet. Par la fenêtre entrait la douce lumière de la lune qui éclairait faiblement la pièce. L et Raito regardèrent autour d'eux, et, sans qu'il s'en rendissent compte, tout deux laissèrent errer leur regard sur le lit double et eurent une pensée identique : « On va partager le même lit...». Puis, se reprenant, Raito commença à se déshabiller, et voyant le regard interrogateur de L : « Bah quoi, je vais pas dormir tout habillé ! Au fait ça te gène si je dors juste en caleçon sans mettre de pyjama ? J'ai pas l'habitude d'en porter ça me gène pour dormir... ». L se réprimanda mentalement, mais qu'est-ce qu'il lui prenait à la fin, on était entre hommes, fait pareils, alors pourquoi ressentait-il cette gêne et n'osait-il pas se changer, et puis mince pourquoi donc ça le mettait tellement mal à l'aise que Raito veuille dormir en caleçon à ses côtés ? L se fit violence et répondit d'un air détaché « Non ça ne me gène pas du tout, tu peux très bien dormir sans pyjama, pas de problème, d'ailleurs moi-même je ne porte pas de haut de pyjama c'est désagréable, je ne met que le bas ! » puis il se fit doublement violence et s'obligea à se changer, il retira ses vêtements et enfila un bas de pyjama noir. Raito, sans s'en rendre compte, détailla le torse nu de L, vraiment il n'était pas mal foutu, il devait faire du sport... « Non mais à quoi je pense ?! » se dit-il soudain, reprenant pied avec la réalité, « Je dois vraiment être fatigué ! ».
Finalement, ils se couchèrent, mais une fois allongés, aucun d'eux ne put s'endormir : le fait d'être côte à côte, à demis nus et de surcroît dans un lit, les troublait bien plus qu'ils ne voulaient se l'avouer... Yagami s'agitant quelque peu frôla L et un frisson parcourut les deux hommes. L rougit jusqu'aux oreilles, soulagé qu'il fasse assez sombre pour que cela ne se voit pas. Après ce bref contact, instinctivement ils prirent quelque peu leurs distances, autant que le permettaient leurs menottes, et se tinrent raides comme des piquets, complètement chamboulés, osant à peine respirer, craignant de céder au brusque désir qui soudain les avait animés. Ils finirent, au bout d'un moment qui leur parût interminable, par rejoindre les bras de Morphée.